L'accès vers de nouveaux droits et une nouvelle condition
L'élévation féminine et leurs agissements : émergence du nouveau modèle féminin
- Pour autant, de nouvelles personnalités jusque là ignorées, se distinguent. L'Illettrisme commence à s'effacer doucement, permettant aux Femmes de s'affirmer d'autant plus. L'éthique se développe et l'érudition gagne les esprits féminins. Certaines femmes modestes sont instruites pour une meilleure commodité dans les tâches de la vie quotidienne, comme l'écriture de recettes, remèdes ou commandes de couture par exemple. L'avancée est ressentie timidement, puisque les Femmes jusque là peu considérées restent sur la défensive. Avec l'arrivée des nouveaux aménagements et une acceptation bien que légère, plus importante qu'auparavant, un nouveau modèle féminin attise les pensées du XVIIIè siècle.
Présentation de trois figures emblématiques du mouvement féminin du siècle des Lumières
Émilie du Châtelet
Biographie
Émilie Le Tonnelier de Breteuil, plus connue sous le nom de Marquise du Châtelet, est née le 17 décembre 1706, à Paris et décédée le 10 septembre 1749 à Lunéville. Elle vécu les progrès du siècle avec les yeux d'une femme érudite et concernée. D'abord académicienne à l'académie de Stanislas, une société savante fondée à Nancy, puis ensuite à l'académie des Sciences de l'Institut de Bologne, Émilie du Châtelet, exemple triomphant d'ambition féminine, prospérait dans les domaines des Mathématiques et de la Physique. C'était une femme singulière avec une teinte d'androgynité qui est reconnue comme la muse de Voltaire, avec qui elle a entretenu une relation durant 15 ans. Cette liaison amena Émilie du Châtelet à jouir d'une pensée libre en étant considérée comme l'égale face à de son amant, qui la motiva à traduire les Principia Mathematica de Newton en français, une des œuvres pour laquelle elle est encore aujourd'hui renommée.
Le Discours sur le Bonheur
Avec son écrit du Discours sur le Bonheur, paru posthume en 1779, Émilie du Châtelet propose un nouveau point de vue sur la question du bonheur sous la perspective d'une femme qui durant le 18ème siècle, subit toujours les injustices sexistes de la société. Ce texte indique son implication directe aux évolutions des Lumières, puisque la question du bonheur était un sujet abstrait, souvent réfléchi et discuté par ses pairs érudits du siècle. Le Discours sur le Bonheur était une œuvre très intime pour Émilie du Châtelet puisqu'elle ne prévoyait nullement sa publication. Ainsi, l'œuvre regorge de détails profonds sur sa vie personnelle.
Extrait : « La sagesse doit toujours avoir les jetons à la main : car qui dit sage dit heureux, du moins dans mon dictionnaire ; il faut avoir des passions pour être heureux ; mais il faut aussi les faire servir à notre bonheur, et il y en a auxquelles il faut défendre toute entrée dans notre âme. Je ne parle pas ici des passions qui sont des vices, telles que la haine, [ la vengeance, la colère ; mais l'ambition], par exemple, est une passion dont je crois qu'il faut défendre son âme, si on veut être heureux ; ce n'est pas par la raison qu'elle n'a pas de jouissance, car je crois que cette passion peut en fournir ; ce n'est pas parce que l'ambition désire toujours, car c'est assurément un grand bien, mais c'est parce que de toutes les passions c'est celle qui met le plus notre bonheur sous la dépendance des autres ; [ or moins notre bonheur dépend des autres] et plus il nous est aisé d'être heureux. Ne craignons pas de faire trop de retranchement sur cela, il en dépendra toujours assez. Par cette raison d'indépendance, l'amour de l'étude est de toutes les passions celle qui contribue le plus à notre bonheur. Dans l'amour de l'étude se trouve renfermée une passion dont une âme élevée n'est jamais entièrement exempte, celle de la gloire ; il n'y a même que cette manière d'en acquérir pour la moitié du monde, et c'est cette moitié justement à qui l'éducation en ôte les moyens, et en rend le goût impossible. Il est certain que l'amour de l'étude est bien moins nécessaire au bonheur des hommes qu'à celui des femmes. Les hommes sont une infinité de ressources pour être heureux, qui manquent entièrement aux femmes. Ils ont bien d'autres moyens d'arriver à la gloire, et il est sûr que l'ambition de rendre ses talents utiles à son habilité dans l'art de la guerre, ou par ses talents pour le gouvernement, ou les négociations, est fort au-dessus de [ celle ] qu'on peut se proposer pour l'étude ; mais les femmes sont exclues, par leur état, de toute espèce de gloire, et quand, par hasard, il s'en trouve quelqu'une qui est née avec une âme assez élevée, il ne lui reste que l'étude pour la consoler de toutes les exclusions et de toutes les dépendances auxquelles elle se trouve condamnée par état. [...] J'ai dit que l'amour de l'étude était la passions la plus nécessaire à notre bonheur ; c'est une ressource sûre contre les malheurs, c'est une source de plaisirs inépuisable, et Cicéron a bien raison de dire : Les plaisirs des sens et ceux du cœur sont, sans doute, au-dessus de ceux de l'étude ; il n'est pas nécessaire d'étudier pour être heureux ; mais il l'est peut-être de se sentir en soi cette ressource et cet appui.»
- Dans cet extrait, Madame de Châtelet souligne non pas la nécessité de l'apprentissage et des connaissances pour les femmes, mais leur besoin d'étudier afin de se sentir à égalité avec les hommes. Leur condition et leur état ne favorisait pas la facilité d'apprentissage. Madame de Châtelet cherche à développer l'idée que l'étude et les connaissances apportent le bonheur car « qui dit sage, dit heureux ».
Émilie du Châtelet
Sur ce portrait, Madame du châtelet est l'élément principal de l'oeuvre. Celle-ci est représentée sans artifices ni décor extravagant. Elle est habillée simplement, à la manière d'une femme aristocratique et coiffée de façon ordinaire. Elle tient dans sa main droite un compas pointé probablement sur un livre de sciences ou mathématiques. Sa main gauche tient son visage, la rendant plus douce et innocente. Sa pâleur en contraste avec le mur sombre de l'arrière plan accentue sa prestence tout en la valorisant. Madame du Châtelet renvoi l'image d'une femme instruite et passionnée par ses recherches et le domaine scientifique. Elle apparaît d'une manière simple et sans artifices, sûrement pour attirer l'attention, non pas sur son apparence mais sur ce qu'il se trouve au fond d'elle : ses qualitésintellectuelles et sa légèreté.
La Marquise de Pompadour
Biographie
Jeanne Antoinette Poisson, duchesse de Menars, plus connue sous le nom de Marquise de Pompadour, est née le 29 décembre 1721 à Paris et est décédée le 15 avril 1764 à Versailles. Elle fut une femme de grande influence politique et artistique, notamment en devenant la favorite du Roi Louis XV. Sa condition aristocratique et ses relations lui ont permis d'acquérir une certaine notoriété et un impact sur les esprits érudits du siècle.
Très sollicitée par les Salons, par le bienfait de son éducation et de sa grande expérience, Jeanne-Antoinette y rencontrera Voltaire, Montesquieu ou encore Fontenelle, qui lui apporteront une grande liberté de jugement et de nouveaux principes moraux. Quelques années plus tard, elle se rapprochera du Roi Louis XV, qui éprouva une grande affection envers-elle, et qui après sa séparation avec son époux Charles-Guillaume Le Normant D'Etiolles, lui offrit un domaine, la rendant officiellement Marquise de Pompadour. Elle entame une liaison charnelle avec le Roi qui l'invita à le rejoindre à la Cour.
Œuvres
Jeanne-Antoinette était très attachée aux domaines des Lettres et de l'Art. D'abord reconnue pour son encouragement face aux jeunes artistes, Jeanne-Antoinette propulse l'artisanat luxueux comme à la manufacture de porcelaine de Vincennes ou celle de Sèvres après son transfère. Son penchant pour les arts très puissant la poussa à apprendre la danse, la musique et la gravure. Elle affirma son plus clair soutien à de nombreux artistes, ébénistes, sculpteurs et écrivain, mais appréciait majoritairement la peinture. Elle effectua entre-autres de nombreuses commandes à de grands artistes-peintres du siècle comme Boucher, La Tour, ou encore Van Loo.
Son intérêt pour la littérature la conduis à venir en aide à Diderot et d'Alembert pour la publication des deux premiers volumes de l'Encyclopédie, jusqu'alors condamnés par le Conseil du Roi. Elle rétablit leur légitimation grâce à son influence sur Louis XV. Elle soutiendra également Montesquieu après la publication de son œuvre De l'esprit des lois et deviendra un grand soutien du mouvement naissant physiocratique.
La Marquise de Pompadour
Force femmes comme la marquise de Pompadour, se frayaient un chemin jusqu'à l'illustre en mettant en avant leurs atouts, d'abord par leur esprit mais encore leur prestance et sensualité. Ces femmes bien minoritaires étaient considérées comme un idéal et une perfection, presque comme une sorte de fantasme inaccessible.
Jeanne-Antoinette est ici représentée dans une ambiance intime et légère. Elle porte une robe très imposante, vive et colorée, et est assise calmement sur un divan en fixant son regard vers la gauche d'une façon très apaisée. De sa main droite, elle tient un livre, signe caractéristique de chacun de ses portrait, montrant son intelligence et son intérêt pour les arts et la littérature. Elle se trouve dans une pièce luxueuse, au devant d'un gigantesque miroir aux bordures méticuleusement sculptées et dorées. La réflexion du miroir montre une horloge en or, sous forme de sculpture très travaillée, posée sur une bibliothèque contenant une grande quantité de livres. A sa gauche se trouve un guéridon au tiroir légèrement entre-ouvert d'où ressort une plume d'écriture. La prestance de sa majestueuse robe démontre l'importance de la toilette et de l'apparence extérieure pour une femme. Elle est parfaitement apprêtée : Cheveux noués en chignon, bijoux, escarpins assortis à la robe... Toutefois, Jeanne-Antoinette casse cette image idéalisée de « femme ordinaire », misant tout sur son physique attrayant, en montrant par le biais des livres et de la plume que sa personnalité dépasse bien ces dogmes.
En comparaison, les œuvres de La Marquise du Pompadour et de Madame du Châtelet, cachent les mêmes intentions artistiques mais ne l'illustrent pas de la même manière. La Marquise de Pompadour est représentée en tant que personne et femme avant tout, sa véritable intention derrière cette œuvre est dissimulée dans un décor attrayant. Tandis que l'œuvre de Madame du Châtelet est plus directe et révèle aussitôt observée, son intérêt artistique.
Olympe de Gouges
Avec sa Déclaration des
droits de la Femme et de la citoyenne rédigée le 5 Septembre 1791, Olympe
de Gouge née Marie Gouze, le 7 mai 1748 à Montauban, s'impose comme une femme
politique puissante, combattant pour la libération des Femmes. Dans
son écrit inspiré de la Déclaration des droits de l'Homme et
du citoyen de 1789, Olympe de Gouge milite pour l'égalité civile et
politique des deux sexes, dans une époque où les femmes subissaient les
inégalités sexistes sociales et une absence de droits équitables. Grande
militante du siècle, elle fut considérée comme une des premières femmes
politiques, alors jusque-là délaissées des milieux diplomatiques, puis exerça
entre-autres comme journaliste, écrivaine et philosophe.
Cette œuvre est à la
fois argumentative, en rapportant les lois de la Déclaration des Droits de
l'Homme et du Citoyen, uniquement réservées à l'homme, et en les
discréditant par la réécriture de celles-ci à l'intention des droits féminins ;
mais aussi une œuvre engagée qui a une visée polémique et dénonciatrice. La Déclaration
des Droits de la Femme et de la Citoyenne était à
l'origine destinée à la Reine Marie Antoinette afin d'être présentée à
l'Assemblée législative, événement qui se produit le 28 octobre 1791, suivant
son adoption inattendue.
Dans un premier temps, Olympe de Gouges s'adresse directement aux hommes grâce à des questions rhétoriques dans son avant-propos. S'impose une forme de critique violente qui reproche aux Hommes toutes les injustices subies par les Femmes, avec « Homme, es-tu capable d'être juste ? » et « qui t'a donné le souverain empire d'opprimer mon sexe ? » Olympe de Gouges dénonce l'absence de droits civils et politiques en le tenant pour seul responsable.
Dans un second temps, elle établit dans son préambule une sorte de morale, incitant les lectrices avec la triple apostrophe « les mères, les filles, les sœurs » à combattre pour les droits légitimes qu'elles méritent tout en considérant « que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics »
Enfin, s'en suivent les articles, sous le modèle de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen, que nous évoquerons plus tard.
- Grâce à leur singularité et leur force morale, ces femmes inspirent vers un modèle féminin idéal, d'une femme instruite et érudite. La société évolue et certains esprits permettent aux femmes de suivre une éducation digne afin de les ré humaniser.





